Mon enfant de 2 ans et demi ne parle pas : pourquoi et quand consulter ?

Parnella Séguin

juin 28, 2026

🚨 L’essentiel Ă  retenir pour un enfant de 2 ans et demi qui ne parle pas

  • Ă€ 30 mois, l’enfant devrait maĂ®triser plusieurs dizaines Ă  plus de 100 mots et commencer Ă  faire des petites phrases de 2-3 mots.
  • L’absence quasi totale de parole n’est pas un simple retard passager : c’est un signal d’alarme.
  • Première urgence absolue : faire contrĂ´ler l’audition par un ORL, car un trouble mĂŞme discret bloque le dĂ©veloppement du langage.
  • Consultez dès maintenant votre mĂ©decin et un orthophoniste — n’attendez surtout pas les 3 ans de l’enfant.
  • Regardez aussi la communication non verbale : pointage, regard, gestes pour interagir. Leur absence est un signal encore plus fort.
  • Ă€ la maison : parlez-lui beaucoup et simplement, lisez des livres, chantez, limitez drastiquement les Ă©crans.

Votre enfant a deux ans et demi. Il gazouille, il pointe, il vous regarde intensĂ©ment… mais les mots ne viennent pas. Ou si peu. Vous cherchez des rĂ©ponses concrètes, rassurantes, sans blabla. Vous ĂŞtes au bon endroit. On fait le point, avec des repères clairs et une feuille de route prĂ©cise.

Qu’est-ce qui est « normal » comme langage Ă  2 ans et demi ?

Un enfant de 30 mois utilise normalement plusieurs dizaines de mots et commence Ă  fabriquer des mini-phrases de 2 Ă  3 mots comme « encore gâteau » ou « bĂ©bĂ© dodo ». C’est le seuil attendu, et ce n’est pas une performance exceptionnelle rĂ©servĂ©e aux petits gĂ©nies : c’est la norme statistique.

Ă€ cet âge-lĂ , son cerveau est une Ă©ponge. Il emmagasine de nouveaux mots chaque semaine. On attend un vocabulaire qui peut aller bien au-delĂ  de 100 mots, et des tentatives spontanĂ©es de combiner les mots entre eux. S’il n’y a que des sons, des grognements, ou un ou deux mots isolĂ©s, on est en dehors des clous standards.

Voici une comparaison qui parle :

AspectSituation typique Ă  2 ans et demiSignaux d’alerte
VocabulairePlusieurs dizaines Ă  plus de 100 motsMoins de 10 mots, pas de nouveaux mots depuis des mois
PhrasesPhrases de 2-3 mots (sujet+verbe)Aucune combinaison de deux mots
CompréhensionComprend les consignes simples sans gestesNe réagit pas à « donne-moi le ballon », semble dans sa bulle
Communication non verbalePointe du doigt, amène des objets, cherche le regardTrès peu de pointage, évite le contact visuel
ProgressionApprentissage régulier de nouveaux motsStagnation ou régression (mots perdus)

Un point crucial et souvent rassurant : Ă  ce stade, la comprĂ©hension est presque aussi importante que la production de mots. Un enfant qui ne parle pas mais comprend ce qu’on lui dit (« va chercher tes chaussures », « on va au bain ») et qui cherche Ă  communiquer par gestes ou mimiques n’est pas dans la mĂŞme situation qu’un enfant qui semble ne pas saisir ce qu’on lui raconte. Mais Ă  2 ans et demi, mĂŞme avec une bonne comprĂ©hension, l’absence de tentative de phrases nĂ©cessite une Ă©valuation.

Pourquoi mon enfant de 2 ans et demi ne parle-t-il pas ?

Les causes possibles sont au nombre de trois principales : un problème d’audition passĂ© inaperçu, un trouble spĂ©cifique du dĂ©veloppement du langage (aussi appelĂ© dysphasie), ou un trouble du spectre de l’autisme oĂą le langage n’est qu’un symptĂ´me parmi d’autres difficultĂ©s de communication. Ces trois pistes ne sont pas des condamnations, mais des hypothèses Ă  vĂ©rifier une par une.

La moins connue et pourtant la plus frĂ©quemment nĂ©gligĂ©e ? Une audition dĂ©faillante. Pas forcĂ©ment une surditĂ© complète. Parfois, ce sont des otites sĂ©reuses Ă  rĂ©pĂ©tition, indolores, silencieuses, qui font que l’enfant entend comme si vous lui parliez sous l’eau. RĂ©sultat : il ne peut pas reproduire correctement les sons. C’est le premier point Ă  vĂ©rifier, et il relève d’un ORL.

Vient ensuite le trouble dĂ©veloppemental du langage (TDL). Ici, pas de problème d’oreille ni d’intelligence. Mais le cerveau a du mal Ă  « traiter » la langue, un peu comme un ordinateur avec un logiciel de reconnaissance vocale dĂ©faillant. Ces enfants comprennent souvent partiellement, mais l’expression est très entravĂ©e, et cela persiste dans le temps sans une prise en charge orthophonique.

Enfin, un trouble du spectre de l’autisme (TSA) peut se manifester très tĂ´t par une absence de langage. Mais attention : dans ce cas, le manque de mots s’accompagne presque toujours d’autres signes : faible contact visuel, absence de pointage pour partager un intĂ©rĂŞt, peu de jeux de « faire semblant », et une communication globale très rĂ©duite.

D’autres facteurs, souvent rĂ©versibles, peuvent jouer : un environnement peu stimulant oĂą on lui parle peu, une exposition massive aux Ă©crans, un bilinguisme qui ralentit temporairement l’expression (mais jamai la comprĂ©hension), ou encore des antĂ©cĂ©dents familiaux de retard de langage.

🩺 La check-list des causes à éliminer en priorité

  • Audition : otites sĂ©reuses, surditĂ© partielle — bilan ORL impĂ©ratif.
  • Trouble spĂ©cifique du langage oral (TDL) : l’enfant comprend mieux qu’il ne parle, mais la parole reste très pauvre.
  • Trouble du spectre autistique : langage quasi absent ET contact visuel fuyant, pas de pointage, jeux rĂ©pĂ©titifs.
  • Manque de stimulation : environnement silencieux, Ă©crans omniprĂ©sents, peu d’interactions langagières.

Quels sont les signes qui doivent vraiment m’alerter ?

Au-delĂ  du simple retard de mots, c’est la combinaison de plusieurs signaux qui doit vous pousser Ă  agir vite. Un enfant qui ne parle pas Ă  30 mois ET qui ne pointe pas du doigt, ne vous regarde pas quand vous l’appelez, ou ne semble pas comprendre les consignes simples, cumule les drapeaux rouges.

Voici les situations oĂą l’attente n’est plus une option :

  • đź”´ Aucun mot ou seulement deux ou trois mots inchangĂ©s depuis ses 18 mois
  • đź”´ Aucune tentative de phrase de 2 mots (« maman pati »), mĂŞme maladroite
  • đź”´ Ne comprend pas les consignes du quotidien sans que vous fassiez le geste en mĂŞme temps
  • đź”´ Ne pointe pas du doigt pour montrer ce qui l’intĂ©resse ou pour demander
  • đź”´ Évite le regard ou ne cherche pas Ă  attirer votre attention sur ce qu’il fait
  • đź”´ A perdu des mots qu’il disait auparavant (rĂ©gression)
  • đź”´ Communique par cris, pleurs, gestes brusques sans essayer d’utiliser des sons ou des mots

Un enfant qui ne parle pas mais qui cherche activement Ă  communiquer — il vous tire par la main vers le frigo, il pointe l’oiseau dans le ciel, il fait « non » de la tĂŞte avec un grand sourire — est dans une situation bien moins prĂ©occupante. Son intention de communiquer est intacte, et c’est un excellent pronostic. Mais cela ne doit pas repousser la consultation : cela l’oriente simplement vers une cause plus probablement « mĂ©canique » (audition, trouble isolĂ© du langage) que vers un trouble plus global de la communication.

Par oĂą commencer et qui consulter ?

La première Ă©tape est un rendez-vous chez votre mĂ©decin (gĂ©nĂ©raliste ou pĂ©diatre) pour un examen global, et la prescription immĂ©diate d’un bilan auditif chez l’ORL. Parallèlement, prenez contact avec un orthophoniste, sans attendre les fameux 3 ans qui est une limite trop tardive quand l’absence de parole est aussi marquĂ©e.

En pratique, voici la séquence idéale à enclencher cette semaine :

  1. Appelez votre médecin traitant : décrivez la situation, expliquez que votre enfant de 2 ans et demi ne parle quasiment pas, demandez une consultation pour un bilan global et une orientation ORL + orthophoniste.
  2. Faites contrôler son audition : parfois quelques otites séreuses suffisent à expliquer un an de retard. Ce bilan est indolore et rapide.
  3. Prenez rendez-vous chez un orthophoniste : mĂŞme s’il y a de l’attente, posez un jalon. Le bilan orthophonique est recommandĂ© dès qu’il y a des inquiĂ©tudes, pas seulement Ă  partir de 3 ou 4 ans.
  4. En attendant les rendez-vous : filmez-le discrètement (interactions, tentatives de communication), notez les mots prĂ©cis qu’il dit, ce qu’il comprend. Cela servira Ă©normĂ©ment aux professionnels.

N’Ă©coutez pas les « il a bien le temps », « son cousin aussi a parlĂ© Ă  3 ans », ou pire, « vous le stimulez mal ». Ces remarques retardent des prises en charge qui pourraient ĂŞtre bien plus efficaces si elles dĂ©marrent tĂ´t. La plasticitĂ© cĂ©rĂ©brale entre 2 et 3 ans est immense : c’est une fenĂŞtre d’or pour agir.

Comment stimuler le langage à la maison, concrètement ?

La meilleure stimulation tient en trois principes : parler beaucoup en dĂ©crivant ce que vous faites, se mettre Ă  sa hauteur pour capter son regard, et crĂ©er des mini-occasions oĂą il a besoin de communiquer pour obtenir quelque chose. Ce n’est pas une mĂ©thode miracle, mais cela crĂ©e le bain de langage indispensable Ă  tout progrès.

Ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui :

  • 🗣️ DĂ©crivez le quotidien comme un commentateur sportif : « On ouvre le frigo. Tu veux le yaourt ? VoilĂ  le yaourt. On prend la cuillère… » Des phrases simples, collĂ©es Ă  l’action.
  • đź‘€ Mettez-vous Ă  sa hauteur : accroupissez-vous pour lui parler. Attendez son regard avant de dire quelque chose d’important.
  • đź“– Lisez 10 minutes par jour : des livres cartonnĂ©s avec des images claires. Pointez l’image : « Regarde, le chat. Il fait miaou. »
  • 🎤 Chantez des comptines en marquant des pauses pour qu’il complète un geste ou un son, s’il le peut.
  • đźš« Supprimez les Ă©crans : pas de tablette, pas de tĂ©lĂ©vision en fond sonore. Le langage a besoin d’interaction humaine, pas de passivitĂ©.
  • 🍪 Provoquez des demandes : ne donnez pas tout tout de suite. Placez son goĂ»ter prĂ©fĂ©rĂ© en vue mais hors de portĂ©e. Attendez qu’il fasse un geste, un son, puis nommez : « Ah, tu veux le biscuit ! Tiens, le biscuit. »
  • đź’¬ Reformulez, ne faites pas rĂ©pĂ©ter : s’il dit « tato pati », rĂ©pondez « oui, le gâteau est parti ! » avec enthousiasme. Ne corrigez pas, montrez le modèle.

Ces gestes simples ne guĂ©riront pas un trouble sous-jacent, mais ils optimisent tout ce qui peut l’ĂŞtre. Et ils rendent la vie plus joyeuse, parce qu’ils remettent la communication au centre de la relation.

Faut-il absolument consulter un orthophoniste avant 3 ans ?

Oui, et les recommandations rĂ©centes sont claires : une Ă©valuation orthophonique est justifiĂ©e dès qu’il y a une inquiĂ©tude parentale ou professionnelle, quel que soit l’âge de l’enfant. La vieille idĂ©e qu’il faut attendre 3, 4 ou 5 ans pour qu’un orthophoniste « puisse faire quelque chose » est dĂ©passĂ©e.

Un bilan orthophonique prĂ©coce ne se limite pas Ă  compter les mots. Il Ă©value la comprĂ©hension, la communication non verbale, le jeu, l’intention de communiquer. Il permet de distinguer un simple dĂ©calage d’un trouble plus installĂ©, et de vous donner des stratĂ©gies adaptĂ©es Ă  votre enfant, mĂŞme en l’absence de sĂ©ances hebdomadaires immĂ©diates.

En 2026, la Haute AutoritĂ© de SantĂ© insiste sur l’importance du repĂ©rage prĂ©coce et la nĂ©cessitĂ© de ne pas laisser filer la pĂ©riode oĂą le cerveau est le plus rĂ©ceptif. Ne culpabilisez pas, mais ne procrastinez pas non plus. Le plus dur, c’est le premier appel. Après, vous serez dans l’action.

⚠️ Ce qu’il ne faut surtout pas faire

  • Attendre les 3 ans « pour voir » si le langage se dĂ©clenche seul, alors que 30 mois sans parole est dĂ©jĂ  un signal fort.
  • Mettre l’enfant devant des vidĂ©os « Ă©ducatives » en pensant que ça va l’aider — les Ă©crans freinent le dĂ©veloppement du langage.
  • Le forcer Ă  rĂ©pĂ©ter des mots ou le gronder quand il ne parle pas : cela crĂ©e un blocage Ă©motionnel autour de la parole.
  • Supposer qu’il est « juste paresseux » — un enfant qui ne parle pas a une raison de ne pas parler. Elle doit ĂŞtre trouvĂ©e.

Quels exercices d’orthophonie peut-on faire Ă  la maison ?

Les exercices les plus efficaces ne ressemblent pas Ă  des exercices : ce sont des jeux courts et joyeux qui crĂ©ent un besoin de communiquer, sans pression. L’objectif n’est pas de lui « arracher » des mots, mais de rendre la communication tellement gratifiante qu’il aura envie d’y venir.

Voici trois routines simples à intégrer dans votre journée :

  • Le jeu des bulles : faites des bulles de savon. ArrĂŞtez soudainement et regardez-le en souriant. Attendez. Dès qu’il fait un geste ou un son, dites « encore ? Oui, encore des bulles ! » et relancez. L’idĂ©e est de crĂ©er un tour de parole.
  • Les pochettes surprises : mettez trois petits jouets dans un sac opaque. Sortez-les un par un en les nommant lentement. Puis tendez le sac vers lui : « Ă€ toi ! Qu’est-ce qu’il y a dedans ? » Peu importe s’il ne dit rien, il va fouiller, vous allez commenter. Le simple fait de crĂ©er un moment d’Ă©change est gagnant.
  • Le livre dont vous ĂŞtes le hĂ©ros : prenez un livre qu’il connaĂ®t. Lisez, puis arrĂŞtez-vous juste avant le mot qu’il adore (par exemple : « Et le chat fait… »). Regardez-le. S’il Ă©met le moindre son, validez avec enthousiasme. S’il ne dit rien, dites le mot et continuez. Pas d’insistance.

Tous ces moments doivent rester lĂ©gers. Si votre enfant se braque, arrĂŞtez. Le langage se dĂ©veloppe dans le plaisir de l’Ă©change, jamais sous la contrainte.

Et si c’Ă©tait simplement un garçon qui parle plus tard ?

Il y a une rĂ©alitĂ© statistique : les garçons ont tendance Ă  dĂ©marrer le langage un peu plus tard que les filles, mais ce dĂ©calage moyen est de quelques mois, pas d’une annĂ©e ou plus. Un garçon de 2 ans et demi qui ne parle pas ne doit pas ĂŞtre rassurĂ© par ce seul argument.

La diffĂ©rence filles-garçons se situe surtout dans l’acquisition des premiers mots et des premières phrases, avec un Ă©cart qui reste modeste. Mais Ă  30 mois, un enfant, quel que soit son sexe, devrait avoir franchi le cap des phrases de deux mots. Utiliser le genre comme explication unique, c’est risquer de passer Ă  cĂ´tĂ© d’un vrai trouble.

Soyons précis : si votre fils ne parle pas mais comprend tout, cherche le contact, pointe, imite vos gestes, rit aux éclats quand vous faites le clown, vous êtes dans une zone plus rassurante. Mais vous êtes toujours dans une zone qui mérite une évaluation, juste pour confirmer que tout va bien et vous donner les bons outils pour accélérer le mouvement.

Mon enfant ne parle pas mais comprend tout : dois-je m’inquiĂ©ter ?

Une comprĂ©hension intacte est rassurante sur le plan intellectuel, mais elle ne suffit pas Ă  Ă©carter un trouble spĂ©cifique de l’expression. Un enfant qui comprend tout mais ne parle pas Ă  2 ans et demi doit ĂŞtre Ă©valuĂ© pour un Ă©ventuel trouble isolĂ© de la production du langage, qu’on appelle parfois dysphasie expressive.

Cette situation particulière est souvent celle qui piège les parents et retarde les consultations. L’enfant exĂ©cute les consignes Ă  la perfection, il range ses chaussures, il va chercher le livre qu’on lui demande… Tout semble fonctionner. Sauf que les mots ne sortent pas.

Ce profil peut correspondre Ă  un trouble dĂ©veloppemental du langage de type expressif, oĂą le « logiciel » de production est dĂ©faillant alors que la « mĂ©moire de stockage » fonctionne. La bonne nouvelle, c’est que l’orthophonie donne souvent d’excellents rĂ©sultats sur ce type de trouble. La moins bonne, c’est que sans intervention, le dĂ©calage se creuse dangereusement Ă  l’entrĂ©e en maternelle.

En clair, mĂŞme si votre enfant semble tout comprendre, ne restez pas sur cette impression. Faites confirmer par un professionnel que la comprĂ©hension est effectivement bonne, et mettez en place une aide ciblĂ©e sur l’expression.

enfant 2 ans et demi ne parle pas

Quand le langage se débloque-t-il après une prise en charge ?

Il n’y a pas de calendrier unique, mais avec une prise en charge adaptĂ©e dĂ©butĂ©e tĂ´t, les progrès apparaissent souvent dans les 4 Ă  8 semaines, sous forme de nouvelles tentatives de sons, de mots isolĂ©s, puis progressivement de combinaisons. Ce n’est pas une baguette magique, mais une rampe de lancement vers les compĂ©tences qui Ă©taient bloquĂ©es.

Ce qui va dĂ©terminer la vitesse de progression : l’origine du trouble (un simple retard de stimulation se rattrape plus vite qu’un TDL), la rĂ©gularitĂ© des sĂ©ances et surtout l’implication quotidienne Ă  la maison. Les orthophonistes le disent toutes : les enfants qui progressent le plus vite sont ceux dont les parents ont transformĂ© leur quotidien en bain de langage.

Ne cherchez pas Ă  comparer avec l’enfant de votre voisine ou avec les vidĂ©os « avant/après » sur les rĂ©seaux sociaux. Votre enfant a son propre tempo. L’objectif de la prise en charge n’est pas de le faire parler en un temps record, mais de lui donner les moyens de communiquer efficacement, Ă  son rythme, pour que l’entrĂ©e Ă  l’Ă©cole se passe le mieux possible.

✨ Mon verdict

VoilĂ . Vous avez entre les mains tout ce qu’il faut pour agir aujourd’hui, pas dans six mois.

Premier point : un enfant de 2 ans et demi qui ne parle pas, ce n’est pas anodin. Ce n’est pas un simple retard qui va « se dĂ©bloquer tout seul ». C’est un signal d’alerte validĂ© par toute la littĂ©rature mĂ©dicale, et il mĂ©rite une rĂ©ponse rapide.

Deuxième point : la prioritĂ© numĂ©ro un, c’est l’audition. Faites-la contrĂ´ler dès que possible par un ORL. Un trouble mĂŞme partiel et indolore peut expliquer des mois de silence. Ensuite, prenez rendez-vous chez l’orthophoniste. N’attendez pas qu’il ait 3 ans.

Troisième point : à la maison, ne vous transformez pas en coach stressé. Parlez-lui, lisez-lui des histoires, chantez, décrivez ce que vous faites ensemble, coupez les écrans. Et surtout, regardez-le dans les yeux quand vous lui parlez. La communication non verbale est le socle du langage.

Mon conseil le plus important : si au fond de vous, vous sentez que quelque chose ne va pas, faites confiance Ă  cette intuition. Elle vaut plus que tous les « il est juste timide » ou « son père aussi a parlĂ© tard ». Les parents qui s’inquiètent et consultent ne perdent jamais rien : soit ils sont rassurĂ©s avec des conseils utiles, soit ils mettent en place une aide prĂ©coce qui change la trajectoire de leur enfant.

Et maintenant, dites-moi : est-ce que votre enfant pointe du doigt les choses qui l’intĂ©ressent ? Est-ce qu’il vous regarde quand vous l’appelez ? Votre rĂ©ponse dans les commentaires m’aidera Ă  vous aiguiller encore plus prĂ©cisĂ©ment.

❓ Questions fréquentes — Retard de langage à 2 ans et demi

â–Ľ Un enfant de 2 ans et demi qui ne parle pas peut-il rattraper son retard sans intervention ?

Certains enfants finissent par parler sans aide, mais c’est un pari risquĂ©. Les Ă©tudes montrent que les enfants qui bĂ©nĂ©ficient d’une intervention prĂ©coce rattrapent plus vite et plus solidement leur retard que ceux pour qui on adopte l’attitude « wait and see ». Ă€ 30 mois, l’absence de langage expressif n’est plus dans la norme, et la plasticitĂ© cĂ©rĂ©brale maximale se situe justement entre 2 et 3 ans. Consulter un orthophoniste ne signifie pas nĂ©cessairement des annĂ©es de suivi lourd : parfois, quelques sĂ©ances et des conseils aux parents suffisent Ă  dĂ©bloquer une situation. Comme le rappelle NaĂ®tre et grandir, un enfant qui ne fait pas de petites phrases Ă  cet âge mĂ©rite une attention professionnelle (source).

â–Ľ Comment savoir si mon enfant entend bien sans faire de test ?

Impossible d’en ĂŞtre certain sans un bilan auditif complet chez l’ORL. Les parents confondent souvent le fait que l’enfant rĂ©agisse Ă  un bruit fort (claquement de porte) avec une audition normale. Or, une perte auditive partielle peut passer totalement inaperçue : l’enfant entend certains sons mais pas tous, notamment les frĂ©quences de la parole. Les otites sĂ©reuses, frĂ©quentes Ă  cet âge, sont indolores et peuvent persister des mois sans fièvre ni douleur. Selon les pĂ©diatres de Mpedia, le contrĂ´le de l’audition est « l’intervention urgente » Ă  rĂ©aliser face Ă  un enfant de 2 ans qui ne parle pas (source).

â–Ľ L’exposition Ă  plusieurs langues peut-elle expliquer un retard de parole ?

Le bilinguisme peut ralentir très lĂ©gèrement l’expression dans les premiers temps, mais jamais au point de provoquer une absence quasi totale de parole Ă  2 ans et demi. L’enfant bilingue peut mĂ©langer les langues ou avoir un vocabulaire rĂ©parti sur les deux langues, mais sa comprĂ©hension globale et sa volontĂ© de communiquer restent normales. Si votre enfant ne parle ni dans une langue ni dans l’autre, le bilinguisme n’est pas la cause. Comme le souligne ClikOdoc, l’exposition Ă  plusieurs langues n’explique pas un mutisme ou une absence de tentative de communication (source).

▼ Les écrans peuvent-ils vraiment retarder le langage à cet âge ?

Oui, et le consensus scientifique est dĂ©sormais solide. Le langage se dĂ©veloppe dans l’interaction humaine : regard mutuel, imitation, tours de parole, adaptation de l’adulte aux rĂ©actions de l’enfant. Aucun Ă©cran, mĂŞme « Ă©ducatif », ne reproduit cette boucle interactive. Une Ă©tude souvent citĂ©e montre une corrĂ©lation entre le temps d’Ă©cran avant 2 ans et un retard de langage Ă  2-3 ans. Le CHU Sainte-Justine et NaĂ®tre et grandir recommandent d’Ă©viter les Ă©crans avant 3 ans, sauf appels vidĂ©o avec un proche oĂą l’interaction est rĂ©elle (source, source).

▼ Quelle est la différence entre un simple retard de langage et la dysphasie ?

Le « retard simple » de langage est transitoire : l’enfant finit par rattraper son retard, parfois spontanĂ©ment, parfois avec une aide lĂ©gère. Des antĂ©cĂ©dents familiaux de retard de langage sans consĂ©quences durables orientent vers ce diagnostic. Le trouble dĂ©veloppemental du langage (TDL), anciennement appelĂ© dysphasie, est durable et touche la structure mĂŞme du langage. L’enfant aura besoin d’une prise en charge prolongĂ©e pour acquĂ©rir une communication fonctionnelle. Ă€ 2 ans et demi, il est souvent trop tĂ´t pour trancher dĂ©finitivement entre les deux, mais pas pour agir. Comme le rappelle DĂ©clic Langage, un bilan orthophonique permet de poser les premières hypothèses et de dĂ©marrer un accompagnement sans attendre la confirmation diagnostique (source).

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